Levitique 24 – 28

Parachiot commentées par Yedidiah Robberechts

Vayiqra tsav
chemini
metsora2  gossip

24 – Vayiqra

Le sacré de la vie humaine

La Torah nous ordonne des sacrifices animaux, mais elle nous interdit des sacrifices humains, quels qu’ils soient, et quelle que soit la cause pour laquelle on voudrait croire devoir les sacrifier.

Toute vie humaine a été donnée par Dieu, et donc voulue par lui, et ne saurait donc être reprise sans s’opposer au divin lui-même, et sans profaner son Nom. Le droit se doit de traduire dans ses attendus cette inviolabilité de la vie humaine, et de la protéger contre toute dérive politique, idéologique ou religieuse.

Le problème, c’est que certains voudraient s’arroger le droit de parler au nom de Dieu, et de décider à sa place qui a le droit de vivre et qui doit mourir. Plutôt que de laisser le droit flotter dans le ciel de l’idéal et de l’universel qui nous dépasse tous, et transcrire ainsi pour nous un appel de la Transcendance qui nous échappe et peut ainsi nous unir dans la recherche de la justice, ils pensent pouvoir s’accaparer l’appel divin, le réduire à un contenu politique précis qui définit exactement qui sont les bons et qui sont les méchants. Sûrs de leur bon droit et de la non-humanité des méchants, ils arment ainsi leur bras sans trembler et en viennent à tuer sans pitié et sans remords.

Ce fondamentalisme là nous guette tous lorsque nous arrêtons notre jugement sur une personne ou une nation, et la réduisons ainsi à ce que nous en pensons, à l’idée que nous nous en faisons. C’est ce fondamentalisme qui doit être combattu, en nous et hors de nous, parce qu’il défigure le visage de l’humain, profane le Nom divin, et cherche à détruire ce monde que Dieu a créé. Il n’est qu’un autre visage de l’idolâtrie, où le divin est arraisonné dans une image et une représentation que je m’en fais, réduit à ce que je pense, dis ou fais.

C’est pourquoi tout texte divin doit nous échapper et nous transcender dans son appel. Et c’est ce que nous rappelle le premier verset du livre central de la Torah : Vayiqra.

En effet, le premier verset de ce livre commence ainsi : « Il appela Moïse ». Qui est ce Il ? Qui appelle Moïse ? Si le texte avait voulu nous le faire savoir, il aurait dit : « Le Nom appela Moïse », par exemple. Il ne l’a pas fait.

Nous ne saurons donc jamais qui a appelé Moïse, nous ne pourrons jamais maîtriser d’une quelconque façon la source de l’appel. Elle nous dépasse infiniment, et c’est pourquoi elle nous appelle infiniment. Cela veut dire que quoi que nous fassions, nous ne saurons jamais si nous répondons précisément à cet appel. Il doit continuer à retentir infiniment en nous, à travers notre étude quotidiennement renouvelée de cette source de la vie qu’est la Torah.

Alors nous agirons, car nous sommes appelés à agir et à prendre nos responsabilités face à cet appel. Mais agissant, nous tremblerons, car nous ne serons jamais sûrs que la manière dont nous répondons à cet appel est à la hauteur de cet appel. C’est pourquoi nous devrons toujours rituellement et quotidiennement demander pardon de nos actes.

Et c’est parce que cette tâche est grande et impérieuse – celle de faire surgir au creux de nos actes l’humain qui cherche à naître et que Dieu appelle de ses vœux – que nous continuerons à envoyer nos enfants à l’école, pour qu’ils y apprennent la vie, et que nous continuerons à être parents et enseignants, pour chercher à transmettre cette vie si précieuse, avec ses valeurs qui la traversent et la portent vers un appel infini.

Chabat chalom, Yedidiah Robberechts

25 – Tsav

Elévation par le rite

« Voici la Torah de l’élévation : c’est l’élévation à partir de son foyer sur l’autel, toute la nuit jusqu’au matin, et le feu de l’autel brûlera en lui » (Lévitique 6,2). Le mot ‘olah en hébreu est généralement traduit par un mot d’origine grec, « holocauste », qui signifie : « brûlé en entier ». Cela est effectivement le cas, puisque la ‘olah était un sacrifice qui devait être entièrement brûlé sur l’autel. Mais le terme hébreu nous renvoie à une autre signification : celle de l’élévation.

La modalité de cette élévation pour l’animal immolé était bien le fait qu’il monte en fumée vers le ciel. Autrement dit, qu’il se transforme et change radicalement de forme et de mode d’existence pour s’élever vers une nouvelle forme de vie entièrement consacrée à la Transcendance. Comme une sublimation vers le divin. Mais attention : cet acte réel accompli par le prêtre était un acte rituel, symbolique. Il ne s’agissait pas d’affirmer que l’animal ainsi consacré devenait divin ! Aharon le prêtre serait alors retombé dans les égarements du veau d’or, cet animal brillant comme un feu que le peuple avait pris pour un dieu, pour la médiation par excellence qui seule pouvait le mener à la Transcendance, et remplacer Moïse et ses exigences.

La médiation rituelle ne peut donc être réelle que parce qu’elle est symbolique, et renvoie dans le plein qu’elle donne à voir à un vide et une absence qui nous interpelle et nous demande à … nous élever nous aussi par-delà l’évidence de ce qui est, vers l’interpellation et l’appel de ce qui n’est pas mais exige à travers nous d’advenir. Car cette élévation rituelle nous rappelle que nous aussi, nous devons par le rite et le symbole, élever quotidiennement le quotidien par-delà sa platitude vers les sommets de la rencontre avec la Transcendance. Autrement dit, il n’y a pas de geste futile, d’acte vain : tout instant demande de nous élévation et attention, rigueur et amour, patience et passion.

Mais cette élévation vers l’humain par et à travers nos actes, n’est jamais une divinisation : l’élévation se fait toujours à partir du foyer physique qui la porte et à partir duquel elle peut s’élancer. C’est pourquoi la fin du verset nous rappelle que le feu doit sans cesse brûler sur l’autel, à partir de l’autel, et ainsi nous aider à traverser la nuit de notre déréliction : lorsque la lumière se fait rare, et même exceptionnelle, parce que la nuit et ses rapines ont envahi le monde entier, alors il faut préserver cette flamme de l’autel et du rite où nous apprenons la dure discipline d’élever chaque acte vers un sens qui s’y cache et qu’il ignore, vers la fragile présence d’une Face qui nous attend et qui attend cette élévation pour donner sens et lumière au monde.

Chabat chalom, Yedidiah Robberechts

26 – Chemini

Le silence d’Aharon

Vaydom Aharon : Aharon s’est tu (Lévitique 10, 3). Il y a des silences pesants, infinis, inconsolables. Des silences qui valent mieux que mille mots, que des discours qui tombent de toute façon à côté de ce qu’ils veulent dire, car ce qu’ils cherchent à exprimer est indicible, trop grand et trop pénible pour tenir dans l’enveloppe des mots.

C’est le jour de l’inauguration de la Tente de la Rencontre. C’était un jour de fête, l’aboutissement d’une longue et lente préparation où l’érection du sanctuaire du désert devait mettre un terme à l’opprobre tombé sur le peuple d’Israël lors de l’épisode du veau d’or.

Et voici que deux des fils d’Aharon, Nadav et Avihou, font un geste maladroit – un geste d’apprentis trop pressés à bien faire et croyant que le mieux est l’aboutissement du bien : ils allument un feu en plus et … sont brûlés sur le champ par un feu divin (Lévitique 10, 1-2).

Bien sûr, ils n’auraient pas dû allumer ce feu de trop, qui ne leur avait pas été demandé. Mais comment ne pas brûler d’impatience lorsque l’on se sent si proche du divin et du but ?

Quoi qu’il en soit, le couperet divin est sans appel. Et devant l’inimaginable et l’irréparable Aharon se tait… Silence pesant qui porte en lui une source infinie d’interrogation et exprime mieux que tout mot la stupéfaction qui s’empare du premier des prêtres…

Mais que pouvons-nous faire aujourd’hui, nous, alors que six millions de nos frères ont été brûlés ou pire lors de la Shoah ? Quel silence pourrait contenir nos cris, nos effrois et nos déchirements ? Même le silence ne semble plus suffire, alors qu’il est sûrement plus adéquat qu’une inflation de mots et de discours.

Au moins Aharon pouvait-il avoir une consolation : la sanction était divine, elle avait un sens, répondait à une logique, même si cette logique était terrible. Mais quelle logique trouver dans la Shoah, et quel dieu autre qu’un dieu pervers et criminel aurait pu régner sur les camps d’extermination ?

Seul le silence nous permet de laisser résonner l’incommensurabilité des questions qui nous assaillent, et l’angoisse qui nous saisit face à cette absence du divin dans ces actes inhumains commis par les nazis.

Seul ce silence peut peut-être encore porter l’appel divin qui s’y cache, lorsqu’il ne peut plus se laisser entendre dans des mots qui le brûlent.

Car peut-être ce silence n’est-il plus celui d’Aharon seulement, ni le nôtre : peut-être ce silence n’est-il possible que sur fond et comme écho du silence divin qui nous entoure et nous enveloppe de sa ténèbre ?

N’est-ce pas Dieu qui se tait lorsque l’homme devient fou et sombre dans l’inhumanité la plus horrible ? Il se tait, parce que lorsque l’homme assassine son frère, Dieu reste sans voix. Sa voix en effet ne peut s’entendre que lorsqu’elle nous dit : « tu n’assassineras pas » (Exode 20, 13). Assassiner, c’est renvoyer Dieu dans son silence éternel et le laisser sans voix.

Quand l’homme apprendra-t-il donc que la voix de Dieu ne peut résonner que dans la qualité et le discernement de ses actes ? En dehors de cette qualité, seul le silence respecte l’indicible.

Chabat chalom, Yedidiah Robberechts 27 – Tazria – 28 – Metsora

Lèpre et parole (3 commentaires)

1 La Bible se met soudain à nous parler d’une étrange maladie qui touche aussi bien la peau de l’homme, que ses vêtements et même les murs de sa maison : la tsaraat ! On a malencontreusement traduit ce mot par « lèpre » en français, alors que cette maladie n’a rien à voir avec la lèpre, et reste pour les médecins une énigme.

Ce qu’il faut d’abord remarquer, c’est que cette maladie s’inscrit très précisément dans les points de contact de l’homme avec l’extérieur : sa peau, son vêtement, les murs de sa maison. Comme s’il s’agissait avant tout d’une maladie du contact, le symptôme d’un dysfonctionnement de la relation entre l’homme et son environnement physique (peau), social (vêtement) ou politique (mur).

C’est pourquoi, lorsque ces symptômes apparaissent, on ne fait pas appel au médecin, mais au prêtre (Cohen) qui était à cette époque le spécialiste par excellence de la médiation et de la relation, entre Dieu et l’homme bien sûr, mais donc aussi du même coup, entre l’homme et son prochain. Ce n’est donc pas une maladie au sens propre, mais plutôt un malaise, et plus précisément un mal-à-dire.

C’est ce que nous enseignent les rabbins en jouant sur les mots : metsoura (« lépreux ») viendrait en fait de metso-ra, « ce qui sort mal », ce qui est dit, exprimé, mais dans une intention mauvaise. La tsaraat serait donc un mal qui sort et s’exprime au niveau physique, vestimentaire ou architectural, parce que quelque chose au niveau de la parole se serait mal dit, et aurait abouti à  une médisance ou à un maudire par rapport à autrui.

 Car toute médisance (Lachon hara) est une perversion de la parole qui menace de détruire la possibilité même d’une parole : elle risque de perdre sa visée de sens en annulant ce qui la porte, sa fonction d’échange et de relation, d’ouverture face à autrui et donc de vivre avec autrui.

 Un tel court-circuit fatal du sens ravale la parole à n’être plus que frontière, paroi rugueuse d’une peau qui s’effrite sur elle-même et se dévore elle-même, sans plus ouvrir à un au-delà, à autrui. Là où je devais m’ouvrir à autrui par ma peau, mon vêtement ou ma maison, je suis enclos et envahi par les signes de ma propre déliquescence. En clôturant autrui dans un discours qui vise à le réduire et à le disqualifier, je ne lui laisse plus le droit à la parole, je me ferme sur moi-même en l’enfermant dans un mutisme qui est la fin de toute parole et la négation de tout sens : quoiqu’il dise, je ne l’entendrai plus, car je l’ai déjà jugé.

 Si nous traversons aujourd’hui une tourmente, notre communauté doit faire très attention de ne pas tomber dans la médisance ou dans le jugement hâtif et définitif, qui casseraient la possibilité même d’une parole juste et apaisée, d’une réconciliation et d’un nouveau vivre-ensemble. Il y va de sa crédibilité physique, sociale et politique. Comme le rappelle l’Ecclésiaste, « il n’y a pas de juste sur terre qui fasse le bien sans manquement » (7,20).

Ce qui doit la guider, c’est de s’interroger sur ce qui est juste pour elle et pour son avenir – c’est-à-dire aussi pour ses enfants -, et non des règlements de compte immédiats et brutaux qui risquent de mettre en danger la justesse de sa parole par rapport à elle-même et aux autres, et sa capacité d’engendrer (tazria) un avenir meilleur, car plus humain.

Chabat chalom, Yedidiah Robberechts

2 – La tsaraat, cette énigmatique maladie qui touche la peau, les vêtements et même les murs de la maison, est devenue pour les rabbins le symptôme d’un mal-à-dire qui gangrène de l’intérieur la vie en société, et finit par la détruire si l’on n’y prend garde : la médisance.

Il importe de souligner que la médisance ne signifie pas seulement dire du mal d’autrui. Elle peut aussi s’effectuer en en disant apparemment du bien. Car je puis en disant du bien d’autrui viser à le réduire au discours que je produis sur lui, et ainsi le réduire à l’image que j’en fais et que j’en donne.

Le résultat est le même : je lui coupe la parole, ou en tout cas je réduis sa capacité à me surprendre et à m’interpeller, puisque l’ayant déjà placé dans un lieu bien précis – qu’il soit positif ou négatif -, tout ce qu’il pourra désormais me dire, sera compris et interprété en fonction de ce lieu.

En d’autres termes, avec le sourire, et sous l’apparence d’une extrême attention, j’ai détruit autrui dans sa capacité à me parler et à m’interpeller, je lui ai coupé la parole en le renvoyant dès l’abord à la représentation que je me fais de lui et que je véhicule de lui en en parlant aux autres. Il pourra désormais dire tout ce qu’il veut, je n’en pense pas moins…

Nous n’avons plus la chance de «somatiser » de tels dysfonctionnements de la parole aujourd’hui dans nos sociétés : comme l’enseignent les rabbins, c’était une maladie de prophètes, et nous n’avons plus de prophètes parmi nous. Mais comment alors guérir ce dont nous n’avons même plus conscience, et qui pourtant nous ronge ?

Nous n’avons plus qu’un livre – la Torah – qui nous rappelle ce mal-à-dire et nous enseigne sa gravité : celui qui était atteint d’une telle malfaçon de la relation était d’abord interdit d’approcher le sanctuaire, mais aussi exclu de la société. Il devait séjourner loin du sanctuaire et à l’extérieur du campement, pour prendre la mesure des dégâts que son mésusage de la parole pouvait causer. Son comportement n’était pas sain pour la société – qu’il risquait de détruire dans le long terme en neutralisant la capacité de la parole à relancer le dynamisme social et économique -, et pas saint pour le sanctuaire – qu’il risquait d’anéantir ou de profaner.

On peut en effet remarquer que le metsoura – celui qui est atteint de tsaraat – touche à trois des quatre fonctions du sanctuaire, et risque en ce sens de les affecter et de les déliter. En effet, les trente-neuf travaux nécessaires à l’édification du sanctuaire – qui correspondent au trente-neuf travaux interdits durant le chabat – peuvent être départagés par rapport à leurs fonctions en quatre parties : la nourriture, le vêtement, la maison, le livre.

Or le metsoura porte un mal-à-dire qui touche à trois de ces quatre fonctions : son mal-dire affecte le corps – que sustente la nourriture –, le vêtement (qu’il soit de tissu ou de peau) ou les murs de la maison. Seul le livre semble échapper à son emprise. Mais le livre n’est-il pas lui-même fait de peau, et donc susceptible d’être affecté par un tel mal-dire ?

Le sanctuaire était le lieu où le Nom devait résider et être sanctifié. Un tel mésusage de la parole – qui scie toute confiance possible dans le langage – est aux antipodes d’une telle résidence et d’une telle sanctification, et doit donc faire l’objet de mesure d’éloignement et de prévention, si l’on veut protéger la capacité du Nom à retentir au sein de la société, et ainsi à l’unifier dans sa pluralité et à l’orienter dans son dynamisme vers un avenir humain.

Nous commémorons cette année le centenaire de la Grande guerre, dont les effets furent effroyables et se font sentir jusqu’à aujourd’hui. Pour échapper à une telle lèpre destructrice qui réduit les corps à de la chair à canon et se rit de toute humanité en la réduisant à néant, ne nous faut-il pas réapprendre à sanctifier le langage, à protéger le Nom et à le faire à nouveau retentir dans son appel éthique, en le séparant de toutes ces malfaçons qui finissent par gangréner la société de l’intérieur et l’empêcher de rebondir vers un avenir véritablement humain ?

Chabat chalom, Yedidiah Robberechts

3 – Pendant deux longs chapitres (Lévitique 13 et 14), la Bible nous parle d’une étrange maladie qui touche aussi bien la peau de l’homme, que ses vêtements et même les murs de sa maison : la tsaraat !

On a malencontreusement traduit ce mot par la « lèpre » en français, alors que cette maladie n’a rien à voir avec la lèpre, et reste pour les médecins une énigme.

Ce qu’il nous faut remarquer, c’est que cette maladie s’inscrit très précisément dans les points de contact de l’homme avec l’extérieur : sa peau, son vêtement, les murs de sa maison. Comme s’il s’agissait avant tout d’une maladie du contact, le symptôme d’un dysfonctionnement de la relation entre l’homme et son environnement physique (peau), social (vêtement) ou politique (mur).

C’est pourquoi, lorsque ces symptômes apparaissent, on ne fait pas appel au médecin, mais au prêtre (Cohen) qui était à cette époque le spécialiste par excellence de la médiation et de la relation, entre Dieu et l’homme bien sûr, mais donc aussi du même coup, entre l’homme et son prochain. Ce n’est donc pas une maladie au sens propre, mais plutôt un malaise ou un mal-à-dire.

C’est ce que nous enseignent les rabbins en jouant sur les mots : metsoura (« lépreux ») viendrait en fait de motse-ra, « ce qui sort le mal ».

La tsaraat serait donc un mal qui sort et s’exprime au niveau physique, vestimentaire ou architectural, parce que quelque chose au niveau de la parole se serait mal dit, et aurait abouti à un mal-dire, à une médisance ou à un maudire par rapport à autrui. Car toute médisance (Lachon hara) est une perversion de la parole qui menace de détruire la possibilité même d’une parole : elle risque de perdre sa visée de sens en annulant ce qui la porte, sa fonction d’échange et de relation, d’ouverture face à autrui.

Un tel court-circuit fatal du sens ravale la parole à n’être plus que frontière, paroi rugueuse qui s’effrite sur elle-même et se dévore elle-même, sans plus ouvrir à un au-delà, à autrui. Là où je devais m’ouvrir à autrui par ma peau, mon vêtement ou ma maison, je suis enclos et envahi par les signes de ma propre déliquescence.

En clôturant autrui dans un discours qui vise à le réduire et à le disqualifier, je ne lui laisse plus le droit à la parole, je me ferme sur moi-même en l’enfermant dans un mutisme qui est la fin de toute parole et la négation de tout sens : quoiqu’il dise, je ne l’entendrai plus, car je l’ai déjà jugé.

Le retour d’Israël sur sa terre signifie peut-être entre autres la restauration de cette fonction du prêtre par rapport à la médisance. Une des tâches d’Israël n’est-elle pas d’attirer l’attention des nations sur ce mésusage si répandu de la parole qui gangrène les relations entre les peuples, et dont un des symptômes par excellence est la « lèpre » de l’antisémitisme ?

Israël en retrouvant un lieu souverain peut enfin recouvrer une parole souveraine, qui vienne contredire plus de deux mille ans de médisance à son égard. Le travail reste long, car on ne fait pas disparaître d’un coup de baguette la prégnance des clichés et d’un enseignement du mépris qui plombe encore les consciences et s’exprime sous des formes toujours neuves.

Mais ce que nous espérons, c’est qu’en combattant l’antisémitisme sous toutes ses formes, nous combattons en fait ce règne de la médisance qui rend les relations entre les peuples tout simplement impossibles et vaines. Seule la réélaboration d’une parole digne de ce Nom, pourra remettre en place les conditions de possibilité d’une paix véritable.

Chabat chalom, Yedidiah Robberechts

Langue

Actualités

  • Quinzaine du 8 au 22 décembre 2017
    • Vendredi 08/12 18h30 Kabalat Chabbat avec Yedidiahkiddouch 
    • Samedi 09/12 9h Office du matin avec Yedidiah 
    • Vendredi 15 et 22/12 18h30 Kabalat Chabbat avec Yohanan ou Dinakiddouch
    • Dimanche 17/12 16h Hanoucca party avec Yedidiah – venez nombreux 🙂

     

M'abonner à la Newsletter

* Ce champs est obligatoire